3 choses connaître sur l’église Saint-Martin d’Oradour-sur-Glane

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L'église Saint-Martin d'Oradour-sur Glane : laissez-vous guider par Benoit Sadry

A l’occasion des Journées européennes du patrimoine, nous vous proposons notre coup de cœur patrimoine : partez à la découverte de l’église Saint-Martin à Oradour-sur-Glane.

Laissez-vous guider par Benoit Sadry qui sera la plume de cet article !

Amoureux de sa ville et élu délégué à la mémoire à la mairie d’Oradour-sur-Glane, Benoit Sadry a réalisé un important travail de recherche, de collectes de photos d’archives, de témoignages non seulement sur le drame d’Oradour mais aussi la reconstruction du Nouvel Oradour.

Benoit Sadry vous livre ici trois choses à connaître sur l’église Saint-Martin. 

Benoit Sadry , élu délégué à la mémoire à Oradour-sur-Glane

Le contexte

Rappelons ici le contexte :

Le 4 mars 1945, la visite de Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République Française, scelle le destin du Village Martyr : les ruines sont conservées et il est décidé que le village sera reconstruit à proximité.  « Oradour-sur-Glane est le symbole des malheurs de la patrie. Il convient d’en conserver le souvenir, car il ne faut plus jamais qu’un pareil malheur se reproduise ».  

1- L’église Saint-Martin est le dernier bâtiment public construit

Son choix d’implantation marque l’entrée du bourg, faisant ainsi référence à l’implantation de l’ancienne église du Village Martyr placée elle-aussi au bas de l’avenue principale.

Son architecture est cependant en rupture complète avec le style de l’église précédente. La volonté était de refléter les positions affichées de  l’Art Sacré à savoir réconcilier l’église avec l’art moderne.  Ainsi le choix d’une croix grecque – qui fut retenu en partie pour des raisons économiques après un projet classique de croix latine – correspondait également à la traduction de l’idée de la convivialité conforme à la nouvelle liturgie. L’extérieur quant à lui, correspond à la recherche de la simplicité des lignes et des volumes.

Vue aérienne de l'église d'Oradour-sur-Glane

2. Il n’y a pas eu d’inauguration officielle du nouveau village.

La pose de la première pierre du village d'Oradour-sur-Glane a eu lieu le 10 juin 1947 par le Président de la République Vincent Auriol, mais il faut attendre le 10 Juin 1952 pour que la première pierre de l’église – qui renferme un parchemin scellé – soit posée.

A cette occasion, l’évêque de Limoges, Mgr. Rastouil déclare : « Nous venons de poser un acte historique qui sera séculaire, qui nous dépassera et de beaucoup. Cet acte transmettra le souvenir des martyrs à ceux qui ont la mission de rappeler la leçon de la haine et de l’amour qui construit ». La construction de l’église d'Oradour-sur-Glane s’étale sur un an et sera achevée peu avant sa consécration et la bénédiction de ses trois cloches le 12 juillet 1953.

La pose de la première pierre de l'église Saint-Martin

La fin des travaux de reconstruction du village et de l’église d'Oradour-sur-Glane intervient dans un contexte délicat. Après 9 ans d’instruction, un procès s’est ouvert à Bordeaux le 12 janvier 1953 à l’encontre de 21 soldats ayant participé au massacre du 10 Juin 1944. Les peines prononcées dans le verdict rendu par le tribunal militaire le 13 février 1953 sont loin de satisfaire les familles des victimes, tout comme elles sont rejetées par l’Alsace qui refuse que certains de ses enfants, enrôlés de force, soient ainsi condamnés. Face aux pressions, le Parlement français vote une loi d’amnistie le 21 février suivant. Les 13 condamnés alsaciens sont libérés, les 6 soldats allemands qui avaient déjà accompli leur peine sont également libres. Seuls les accusés condamnés à mort demeurent en prison avant d’être graciés quelques années après.   

Oradour rend alors à l’Etat la Croix de la Légion d’Honneur et la Croix de guerre. La tension est vive dans la cité radounaude renaissante : le mémorial de l’Etat ne sera pas utilisé et un tombeau pour les martyrs sera financé par les familles pour accueillir les cendres des victimes.

De fait, la bénédiction des cloches fait en quelque sorte office d’inauguration. Les cloches de l’ancienne église ayant fondu dans l’incendie, trois nouvelles ont été réalisées pour le nouvel édifice par l’atelier Louis Bollée et fils, fondeurs à Orléans. Chacune porte une dédicace qui rappelle le martyr d’Oradour. Elles portent chacune le prénom respectif de leurs parrains et marraines.  C’est ainsi que Marie Marguerite, Louise Eugénie et Camille Narcisse sont consacrées.  Marie Marguerite a notamment pour marraine Marguerite Rouffanche, seule rescapée du massacre de l’église.

La bénédiction des trois cloches

3. L’église Saint-Martin est à la croisée des symboles

L'édifice reflète non seulement brillamment les courants artistiques et les savoir-faire locaux de l’époque mais incarne aussi la réconciliation entre les peuples.

L’église se compose de volumes simples, son décor se limite à une fresque sur la façade principale et des vitraux.

Les vitraux monumentaux de l'église d'Oradour-sur-Glane

Ils sont  réalisés par Pierre Parot de l’atelier Chigot à Limoges. Ils apportent à la fois douceur et solennité à l’église. Ce n’est pas par hasard si les deux artistes ont choisi les passages de l’Evangile où il est question d’amour entre les hommes : le sermon sur la Montagne et le discours des béatitudes. Bien que très stylisés, les vitraux restent cependant très figuratifs et répondent à la vision de l’Art Sacré qui refusait l’art abstrait pour des raisons à la fois pédagogiques et théologiques.

Les vitraux monumentaux -Eglise d'Oradour-sur-Glane

Les Fresques de Jean Burkhalter

Les fresques de Jean Burkhalter sont d’une sobriété de lignes en même temps que d’une profondeur de sentiments : son Saint-Martin, ses anges du Credo et du Gloria , sont particulièrement frappants.

Les fresques de Jean Burkhalter

Les émaux de Christiane Dujardin

En s’inspirant des maîtres anciens du Moyen Age, Christiane Dujardin maître émailleur à Limoges est à l’origine d’une série d’émaux représentant notamment des passages du Nouveau Testament.

Les statues qui ont survécu à l’incendie de l’ancienne église

Les statues qui ont survécu à l’incendie de l’ancienne église d'Oradour-sur Glane y prennent naturellement place : Sainte Bernadette (plâtre) a été restaurée en décembre 2000. La statue de Saint-Victurnien (chêne peint) du 15ème siècle classée monument Historique.

Statue Saint-Victurnien

Oradour-sur-Glane au fil des années s’apaise et tisse des liens d’amitié avec d’autres communes dans le monde qui ont subi un sort similaire. Le Centre de la Mémoire ouvre ses portes au public le 12 mai 1999. Il permet une plus grande mise en lumière du contexte du massacre mais aussi une reconnaissance plus importante pour les victimes avec notamment l’exposition « Oradour, Visages ».

Le Président François Hollande se rend au Village Martyr avec le Président allemand Joachim Glauck le 4 septembre 2013.

 

L’église Saint-Martin se fait également l’écho de cette volonté de réconciliation :

L’archange Saint-Michel terrassant le dragon provenant de la cathédrale de Strasbourg est offert à Oradour-sur-Glane le 10 juin 2009.

La restauration en 2018 des façades de l’église est financée en partie par l’Allemagne à hauteur de 390 000 € (sur un budget d’un million d’euros)

L’archange Saint-Michel terrassant le dragon provenant de la cathédrale de Strasbourg

Deux calices en or (non visibles dans l’église d'Oradour-sur-Glane) sont offerts par des allemands : Les femmes de la communauté allemande du mouvements Pax Christi  font fondre leurs bijoux en or pour réaliser un calice qui sera offert à l’occasion d’un congrès à Lourdes en 1955.  

Le second calice est offert par un prêtre allemand. Il y fait inscrire en latin l’inscription suivante « ce calice qui est mien […] j’en fais don à la paroisse d’Oradour-sur-Glane, en gage d’expiation. De cette manière, je veux porter témoignage que je n’ignore pas, accablé de honte le crime qui a été commis le 10 juin 1944 par les SS au nom du peuple d’Allemagne. »

Calice d'or offert à Oradour-sur-Glane

L'église Saint-Martin fêtera ses 70 ans en 2023.

 

Source : l'article du bulletin Municipal : SADRY Benoit, La nouvelle église a 60 ans, Le Radounaud, juillet 2013, pp. 19-21.

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